jeudi 8 mai 2014

Sarkozy : jet privé, musique pompeuse,... les dépenses scandaleuses de sa campagne de 2012



Sarkozy : jet privé, musique pompeuse,... les dépenses scandaleuses de sa campagne de 2012


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LE PLUS. L’hebdomadaire "L’Express" a consulté les comptes de campagne des deux candidats au 2e tour de l'élection présidentielle de 2012. Et dans le domaine des dépenses, Nicolas Sarkozy bat François Hollande à plates coutures. Décryptage de notre chroniqueur Thierry de Cabarrus.

Édité par Rémy Demichelis 
Nicolas Sarkozy était, le 21 avril, à Montréal (Québec) où le terme "bling-bling" se dit "brille-brille" (VEFFIA/JAN VAILHE/SIPA).

Nicolas Sarkozy a eu beau nous dire, à la fin de son mandat en 2012, qu’il avait changé et que l’image de personnage bling-bling qu’on lui collait à la peau ne lui ressemblait plus, on vient juste d’avoir la preuve du contraire avec l'enquête de "L'Express".

L’ancien président a toujours aimé ce qui brille et ce qui fait du bruit, bref, ce qui vous pose son homme en terme de réussite et de frime et qu’importe si pour l’obtenir, il faut dépenser beaucoup d’argent. C’est d’autant moins grave d’ailleurs, que le plus souvent, ce sont les autres qui mettent la main à la poche.

Là, je ne parle ni de Rolex, ni de Fouquet’s, ni de vacances à bord d’un yacht ou dans un palace au bout du monde, non, je veux juste évoquer les révélations de "L’Express" selon lesquelles le candidat de 2012 a multiplié les dépenses somptuaires et inutiles (au vu des résultats de la présidentielle) durant ses meetings: le journal a recensé des centaines de milliers d’euros dépensés en drapeaux tricolores, en musiques de film, en location de Falcon, en publicités et en sondages.

L’affaire des "sondages de l’Élysée"

L’hebdomadaire a usé de son droit de consultation sur simple demande, et plongé dans les 37 tomes de la Commission nationale des comptes de campagne qui recensent les milliers de contrats, de devis et de factures des deux principaux candidats.

Du côté de Nicolas Sarkozy, on note le professionnalisme, l’organisation impeccable et centralisée, un dossier en béton de factures gérées par un expert comptable à 200.000 euros, ce qui n’empêchera pas les comptes d’être retoqués par le Conseil constitutionnel ; de l’autre, on remarque l’amateurisme et les bouts de ficelle, "des centaines de petites factures et de tickets de caisse" envoyés par les fédérations dans un désordre indescriptible et rassemblés par un comptable à 90.000 euros, mais au bout du bout, les comptes validés par la Commission nationale.

Sur le terrain du somptuaire et du spectaculaire, Nicolas Sarkozy n’a aucun mal à battre son adversaire François Hollande dont on relèvera, pour l’équité, quelques coûteuses folies : 11.000 euros pour le spectacle de Noah au Bourget le 22 janvier et 236.376 euros dépensés en frais de sondages.

On remarquera simplement que sur ce dernier poste des enquêtes d’opinion, le candidat socialiste prend soin de diversifier ses prestataires quand son adversaire de droite fait appel, sans faire jouer la concurrence, à des cabinets de conseil amis, notamment celui fondé par Patrick Buisson, qui lui vaut aujourd’hui d’être empêtré dans l’affaire dite "des sondages de l’Élysée".

Une musique entre Ravel et Indiana Jones

Pour son entrée triomphale dans les meetings (à 35:38 min.), Nicolas Sarkozy veut une musique martiale, un truc de vainqueur testostéroné à vous hérisser les poils quand sonnent les trompettes et claquent les cymbales.

Alors, son publicitaire et ami Jean-Michel Goudard (celui qu’on entend dans les enregistrements pirates de Buisson) lui en donne pour les 86.112 euros que lui a réclamés le musicien Laurent Ferlet pour la composition d’une musique de film : quelque chose de bien pétant, "un mélange du Boléro de Ravel et de la chevauchée d’Indiana Jones dans 'Les aventuriers de l’Arche perdue'", selon "L’Express".

Et François Hollande ? demanderez-vous ? Bof, "François Hollande a aussi sa musique d'accompagnement", poursuit l’hebdomadaire, "à la dramaturgie beaucoup moins impressionnante, mais au prix bien moins élevé : 12.000 euros". Il est vrai qu’il fait à l’économie, et n’hésite pas à faire appel à ses amis, par exemple Pierre Lescure, l’ancien patron de Canal Plus, l’humoriste Gérald Dahan ou… la comédienne Julie Gayet.

Autre détail frappant, on se souvient du meeting de Villepinte le 11 mars 2012, quand une marée bleu blanc rouge avait accueilli Nicolas Sarkozy… Les militants ont tous reçu à leur arrivée des drapeaux tricolores dont on leur a fait cadeau ensuite alors qu’on aurait pu les reprendre, histoire de faire des économies. 

Eh bien non, il en a coûté 3.900 euros ce jour-là, et de nouveaux fanions ont dû être fabriqués (et payés) pour chacun des autres meetings (2.526 euros pour celui de la Réunion, sans compter 5.892 euros en achat de parapluies).

Un Falcon à 386.000 euros

Les deux candidats font appel à des sociétés de conseil grassement rémunérées mais Nicolas Sarkozy, lui, n’hésite pas à rémunérer des professionnels dont les feuilles de paie apparaissent dans les comptes : 16.911,31 euros par mois pour le directeur de campagne, 17.700 euros pour les conseillers, 6510,84 euros pour une attachée de presse.

Par contraste, on s’amusera des factures et bons de caisse adressés par les fédérations à l’association de financement de la campagne de François Hollande : le PS de la Loire refacture 1,15 euro pour l’impression de cent affichettes et celui de l’Ain "refacture 29,83 euros pour l'achat de jus de fruits et de boissons gazeuses", nous dit encore "L ‘Express".

Autre dépense, à la fois somptuaire et symbolique : si Nicolas Sarkozy, en 2007, a affrété une trentaine de jets et un hélicoptère pour ses déplacements, il a choisi en 2012 une solution à la fois plus pratique et beaucoup plus chère : la location d’un jet privé à la société Dassault Falcon Service pour… 386.474,72 euros entre le 16 avril et le 6 mai.

François Hollande, lui, utilise trois ou quatre fois un vol privé, notamment le soir de sa victoire au second tour. On se souvient d’ailleurs de la polémique parfaitement injuste qui éclate dans les médias quand le nouveau président, qui est dans sa ville de Tulle, rejoint en jet la capitale pour se rendre place de la Bastille où l’attendent des milliers de militants euphoriques.

Un Sarkothon de 11 millions d’euros

Sans conteste, en mai 2012, Nicolas Sarkozy emporte très largement la victoire sur son rival dans le domaine de l’esbroufe et des dépenses somptuaires. Et personne ne s’en étonnera à condition d’avoir de la mémoire.

Car depuis que l’ancien président n’est plus aux affaires, la droite a tendance à ne retenir de lui que le meilleur ou du moins le moins pire, à savoir qu’il serait un recours crédible pour 2017, au cas où l’UMP n’aurait toujours pas trouvé de leader, où l’alternance s’imposerait car François Hollande serait tombé de l’arbre du pouvoir, comme un fruit blet.

Je n’insisterai pas sur le côté matamore du personnage, ni sur ses confidences balancées sous forme de cartes postales complaisamment relayées par les médias pour nous glisser à l’oreille qu’il se prépare, qu’on pourra compter sur lui le moment venu, que forcément, il fera mieux que le président socialiste, car là n’est pas la question du jour.

Un "sauveur" qui a quand même fait l'aumône

En fait, j’aimerais m’adresser à ces milliers de Français qui voient en lui un sauveur et non l’homme qui a fait exploser à la fois les impôts et les déficits durant son quinquennat. Car Nicolas Sarkozy, c’est aussi le seul homme politique arrivé au deuxième tour d’une élection présidentielle qui, malgré la qualité de son expert-comptable, s’est vu invalider ses comptes de campagne par la Commission nationale pour avoir mélangé les dépenses du candidat avec celles du président.

Car Nicolas Sarkozy, c’est aussi le seul homme politique qui a osé faire l’aumône auprès des sympathisants et des militants de l’UMP (le fameux Sarkothon) pour qu’ils lui permettent de rembourser ses 11 millions de dettes. Et qui, par le jeu des dégrèvements fiscaux liés à la déclaration de dons, a vu sa campagne remboursée par l’ensemble des contribuables français.

Nicolas Sarkozy multiplie les dépenses faramineuses avec l’argent des autres. Un rappel nécessaire au moment où la droite fait la leçon à la gauche sur la manière de faire des économies et nous présente Sarkozy comme le futur sauveur de la nation.

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